Une vie ordinaire
process, 2025
Ce matin le jus de fruits est granité. Le trou à la gorge de mon père, une étoile noire. Un coucou en est sorti quand je l’embrassai sur le front pour la première et dernière fois.
Je suis, il est à quatre pattes. Sa queue gonfle à chaque coup sur l’échine et sa raie.
Une larme perle. Elle arrête le fouet et un bâton caresse ses couilles. Glane sa larme. Et reprend le fouet.
Des moutons paissent derrière l’église, un a la testa negra comme un masque tarahumara. Il pisse sur le mur du cimetière.
Un jour couleur d’éponge ma fille Luma recouvre la dalle de ma grand-mère avec sa serviette de bain pour la réchauffer. Le soleil enrhume la mort.
Sur cette même tombe j’ai plu pour que dalle un autre jour. J’étais fou, je suis fou, je serai fou. D’une fille en plus, d’une femme en pluie.
Ce matin le jus de fruits est granité. Le trou à la gorge de mon père, l’étoile noire. Le coucou sorti du front.
Recompter yeux fermés les oiseaux tropicaux sous Bartok en essayant de m’en extraire oblong.
Ici un hortensia en plastique aux couleurs fanées. In frigo vanitas.
PEAU
livret, 64 pages, postface de Catherine Lemaire
Hématomes éditions, 2022
Peau est un livre de couvertures.
Couvertures manipulées, transportées, couvrant trente ans de mes pages.
Surfaces de carton, papier, cuir, métal, plastique qui protègent écrits, dessins, collages, mémos, ratures, oublis.. invisibles factuellement ici mais contenus de-par ces peaux qui se donnent à voir, presque à toucher.
Liminales, simples et complexes, elles sont un spectre de mes routes.
Balises de temps dépassés ou en suspens, ces couvertures dessinent une timeline des présents qui l’ont tatoué.
La trace de l’instant dans le geste accidentel ou volontaire du pli, de la griffe, de la tache y est enregistrée sur l’objet.
Radeaux de poches portés et emportés, ces peaux sont un portrait d’une traversée.