Étudiant de Jean-Michel Alberola et de Paul-Armand Gette aux Beaux-arts à Paris au début des années 1990, de Jeff Wall, Ken Lum et Mark Lewis à Vancouver en 1993, assistant le sandpainter navajo Joe Ben Jr en Arizona et au Nouveau-Mexique en 1996, voyageant jusqu’en 2000, intervenant comme vidéaste dans un atelier à la maison d’arrêt de La Santé à Paris de 2002 à 2005, enseignant aux Beaux-arts à Liège aujourd’hui, mon parcours est jalonné de rencontres essentielles avec des êtres aux regards et horizons multiples. Sédiments dans ma pratique artistique, elles balisent le fil de mes expériences plastiques et vidéographiques.

Le décompte de l’existence s’est ancré très visiblement dans mon champ de création depuis une quinzaine d’années, s’imposant sur le chemin d’une vie que je ne peux pourtant mener sur l’échelle de sa durée. Dans le choix de l’outil vidéographique, de dispositifs intégrant différents supports, du dessin, je fais celui de la contemplation et de la veille de l’épreuve de la perte du présent.

Portant mon regard sur la course de l’instant dans chaque espace, dans chaque élément capté, de leur vie à leur mort signifiée, mes réalisations tiennent d’un rituel de deuil impossible de leur conception à leur diffusion. Elles rejouent éperdument des instants continuellement dépassés, en conjuguant vivre et mourir à la fois.

Posant le trouble face à des images à l’apparente suspension temporelle de reliques en mouvement, je cherche dans mes documents un au-delà à l’enregistrement et la trace des instants morts.

Dans cette quête absolutiste de voir le passé en présent différé, l’implacable passage hors de tout contrôle peut alors se révéler et se questionner dans la collusion des temporalités.