L’ atelier

vidéo HD, 1 canal, sonore, 3′, 2012

Lʼatelier, un remède étrange au temps.
Port et support dans la solitude des tensions existentielles, ce lieu dans lequel je pense, cherche, tente, retente, arrête, trace, compense, compresse, décompresse, ralentis, fige, noircis, blanchis, coupe et découpe, fixe, accroche et contemple ce qui sʼenvole, nʼa pas toujours de murs ni dʼadresses.
Il est là où la nécessité de lʼempreinte se fait, là où lʼémotion noue avec la pensée, où le présent se voue enfin à contenir, à défaut de se laisser retourner.
Lʼatelier advient quand la peur de la perte surgit et taquine ou menace en vagues familières vies et territoires que je crois par instants acquis.
Mais il est aussi le temps de penser le temps dépensé, de décrypter les traces et de composer avec ce que jʼen ai capté.
Ma voisine à lʼaccordéon souffle lʼair de la fuite, jamais vraiment le même… Elle me rassure dans ses tentatives impossibles dʼéternel retour, elle répète que la clef de lʼatelier est bien dans lʼatelier.

Le trépied est mon chevalet de campagne, la caméra : une éolienne, un métronome. Le fusain, de la cendre dont la pluie fait le jus.
Mes instruments et leurs précipités anxiolytiques mʼaident à jouer avec le flux et reflux de lʼinstant que je ne peux apprivoiser. Chantant avec ces leurres vivre et mourir en même temps, jʼarrive quelque peu à me rendre sourd aux sirènes qui sifflent la fin de lʼété.

Écouter, enregistrer, écouter encore les poireaux pousser…
Au-delà dʼun jeu pataphysique ou dʼune poésie de lʼIdiotie, cʼest guidé par  le plaisir de dérouler un autre mètre-étalon dans la démesure du temps que je tente de m’arrimer, de m’accorder à un time code terrien : Ici le présent sʼarrose.

Lʼatelier sait ainsi me donner à voir que la vie sʼécrit sous une lumière où brille à lʼombre son décompte,
où « ce qui reste » nʼest pas le temps qui vient mais ce qui me fait venir à lui.